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André Brenk,
France Dufour, Aboubakar Fofana,
Bruno Gigarel, Denise Lach,
Marion Lamy, David Lozach,
Hassan Massoudy, Laurent Pflughaupt,
Marine Porte de Sainte-Marie,
Laurent Rébéna,
Kitty Sabatier, Pascal Sauvestre,
Catherine Vanier, Fanny Viollet,
Roger Willems
Livres d'artistes |
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| Denise Lach,
ou l'art du trait |
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Sur l'étroite surface du papier
ou de la soie, le lettré chinois, peintre et calligraphe,
ne peint pas un sujet privilégié mais peint
à chaque fois le monde.Il y reproduit le grand fonctionnement
du «vide» et du «plein», la compénétration
du visible et de l'invisible.
François Jullien
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L'artiste a choisi la
page blanche, «le vide» comme premier élément
dynamique, envisagé comme un signe, sans lequel aucun
geste ne fait sens, aucun trait n'existe.
A la lecture de l'uvre de Denise Lach, la force et la
définition du propos s'éclairent par le choix
du noir et blanc, de l'ombre et de la lumière. Alternances
de lignes convexes ou concaves, inclinées ou verticales,
ouvrant des espaces aveuglés par l'heure de midi ou bleuis
au soleil du nord. Traits forts, ininterrompus, souples, cursifs
mais aussi à peine esquissés, tremblés,
presque disparus. |
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Par son plein et son délié,
son concentré et son dilué, sa poussée
et son arrêt, le Trait est à la fois forme
et teinte, volume et rythme ; par son unité, il résout
le conflit que ressent tout peintre entre le dessin et la
couleur, la représentation du volume et celle du
mouvement.
François Cheng
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| Mais aussi le blanc,
juste le blanc : par le gaufrage du papier, le trait devient
superflu, il est juste deviné, l'espace est suggéré,
on le touche. Alors le regard s'arrête, saisi : une tache
noire et vivante, faite de chair et de sang, troue la page et
appelle ; en Chine, l'encre se mérite sur une pierre
fine et dure.
Le pinceau engage les muscles, la
chair, les os, le souffle.
Ching Hao
Denise Lach poursuit un objectif, non un résultat:
pour cela elle choisit le mouvement: comme dans la pratique
des arts martiaux, c'est le geste qui importe, non le but.
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| Vivant au confluent
de deux pays, à la croisée d'une éducation
latine et germanique, Denise Lach déroule le fil de la
plume depuis les époques bénies où les
scribes étaient proches des dieux, l'écriture
parole; temps oubliés où le doute n'existait que
pour mieux transcrire l'infini du sensible.
Le chemin de l'apprentissage, «les premières
années furent jalonnées de contemplation et
de discipline», puis la maîtrise des techniques
historiques, répondaient à l'exigence de l'artiste
: observer et comprendre, être à la fois au dedans
et au dehors.
De ce travail de bénédictin, de cette attention
aiguisée aux sciences de l'écriture ont émergé
la liberté de création, le goût du nouveau
et de l'inconnu : «Que devient la lettre si on remplace
la plume par des outils de sa propre facture ?» D'un
même élan, Denise Lach devient membre de la Société
des Calligraphes Suisses et de la Schreibwerkstatt Klingspor
Offenbach, participe au livre Experiments with Letterform
and Calligraphy de André Gürtler, un des maîtres
à écrire, et enseigne la sérigraphie
à l'école des Beaux-Arts de Bâle :
«Que devient la lettre si on substitue la colle ou l'acide
sulfurique à l'encre, si on la mord à l'oxyde
de fer sur une plaque de cuivre, si on la trace au chocolat
sur une pierre litho, si on la tisse en d'innombrables motifs
? Elle se prête à tous les jeux, elle est inépuisable,
multiple, pourvu qu'on la respecte et qu'on s'attache à
elle.»
Citoyenne du monde, Denise Lach expose ses uvres et
anime des ateliers en France, en Suisse, en Allemagne, en
Italie, en Belgique, en Hollande, mais aussi au Sri Lanka,
en Inde du Sud : Trivandrum, Bangalore, Madras, Pondichéry,
Colombo...
Elle voyage avec gourmandise.
Peu lui importe la complexité des alphabets, des idéogrammes,
des langues parlées ou écrites; elle est ravie,
éblouie par cette même noblesse, cette rigueur,
cette harmonie qui émanent de toutes les écritures.
Elle s'en imprègne et tisse des étoffes d'encre
et de papier. Parlant de son travail, le mot «texture»
revient souvent dans la conversation. Il s'agit non de complexité
mais de rythme, de souffle, de densité. Denise Lach
calligraphie par «blocs» de mots.
Elle transgresse les règles des alphabets établis,
elle écrit, elle trace, peint, griffe : elle imagine
des échiquiers de fils d'encre. Elle réinvente
les signes, mais d'abord les outils, les crée et les
expérimente; chaque support devient source d'interprétation,
de création, toujours au service d'une pensée,
d'une décision.
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Denise Lach est une
artiste contemporaine. Elle s'engage.
«Je suis portée par le sens.»
Chaque page de La Déclaration Universelle des Droits
de l'Homme aux Editions Alternatives, en est la preuve.
Denise Lach n'illustre pas, elle NOMME les mots écrits
par un jeu d'équilibre et de tensions.
Elle traduit la force et la faiblesse, l'ordre et le chaos,
le calme et l'agitation.
La diversité des écritures renvoie à la
diversité des hommes,
c'est l'article dix-neuf.
Une Onciale tissée dans un rectangle rigoureux est traversée
par une folle chevauchée de signes noirs en pleine lumière;
c'est le droit à la libre circulation des hommes, le
fondement de la liberté.
Ailleurs, les mots calligraphiés tombent en larmes d'un
carreau de lavis bleuté, c'est la présomption
d'innocence bafouée.
Silence,
Lettres en foule,
Tissages de sens,
L'uvre de Denise Lach, écho de l'unique nécessité,
celle de créer.
Christine Macé
Préface de Libres et égaux Editions Alternatives
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