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André Brenk,
France Dufour, Aboubakar Fofana,
Bruno Gigarel, Denise Lach,
Marion Lamy,
David Lozach, Hassan Massoudy,
Laurent Pflughaupt, Marine Porte de Sainte-Marie,
Laurent Rébéna,
Kitty Sabatier, Pascal Sauvestre,
Catherine Vanier, Fanny Viollet,
Roger Willems
Livres d'artistes |
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| Fanny Viollet |
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Ancienne universitaire, Fanny Viollet
ne cherche pas à plaire mais à faire penser. Elle
s'est engagée dans un travail de mémoire et de
célébration où l'écriture, sous
sa forme rédigée et dessinée, joue un rôle
prépondérant.
Au départ tout tourne autour de ce fil rouge qui «marque»
les mouchoirs, les torchons, les serviettes d'un nom brodé,
et sert la transmission du linge, assurant la permanence de
la vie. Un jour délaissant la peinture, Fanny Viollet
décide d'utiliser désormais les outils féminins
: en dévoiler la symbolique cachée, le sens ultime,
un langage généralement inécouté.
Sa maîtrise en arts plastiques sur le thème de
la lettre brodée au point de croix, s'attache à
analyser l'envers et l'endroit à travers la réalisation
de livres en lin au point de croix : Car à l'endroit
broder c'est copier et faire semblant. A l'envers s'inscrit
le brouillon de ce qui est oublié.
Un jour, René Char qui fut son ami lui dit en passant
«Nous, les poètes...» |
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| Mouchoirs devenus carnets
de voyages, lettre de Madame de Sévigné (offerte
à terres d'écritures) lettres d'Antonin Artaud,
poèmes de Mallarmé et de René Char, belle
endormie, voile de mariée brodé de la liste d'un
trousseau de femme du début du XXème siècle,
l'uvre de Fanny Viollet voyage sur la trame du temps et
de l'espace à la lecture de l'aiguille... |
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...J'avais vécu
en Afrique, au Sahel, avec très peu de ressources locales,
une vaste maison, extrêmement spartiate, où j'avais
eu à réussir l'enchantement de l'installation
d'une famille de six personnes. Heureusement, par les routes
commerciales, transitait abondance de tissus (la tente bédouine
moderne se parait d'immenses décors géométriques
en tissus assemblés, et les femmes s'enroulaient dans
des mètres d'étoffe). Aussi, grâce à
tous ces tissus découpés, recomposés, assemblés
et démultipliés à l'infini, j'avais vaincu
l'âpreté de l'environnement.
Mais lorsque je me réinstalle à Paris et que je
reprends avec passion les études d'Arts Plastiques et
mon expression personnelle, je suis comme viscéralement
attirée par les tissus, les fils, le linge, et la mémoire
que véhiculent les travaux féminins. J'écris
beaucoup sur «les ouvrages de dames» (Vont ils se
remettre du martyre des années féministes?). Militante
en sens inverse, j'écris au fil rouge, au point de croix,
lentement, l'importance du geste mille fois répété
qui tire l'aiguille. (II y a plus de 20 ans, broder au point
de croix n'était pas du tout à la mode et, en
milieu intellectuel, cela relevait presque de l'obscénité).
Mais pour moi importait l'histoire de la femme qui coud, brode,
tricote, inscrit par-ci par-là une signature presque
anonyme, mais qui transmet une mémoire ô combien
importante, nécessaire. Une mémoire qu'il sera
bientôt urgent de sauver. Sans doute est-ce cet état
d'urgence qui, dans ma sensibilité d'artiste, un beau
jour de février 1983, me conduit fébrilement à
bousculer ma machine à coudre; il me faut encore écrire
au fil rouge, mais plus vite, aller plus loin, en dire plus
peut-être.
Cette machine devient mon crayon, ma plume, mon pinceau, un
outil terriblement libérateur, infiniment docile... S'ensuivent
depuis cette date des histoires, des personnages, des écritures
brodées au fil de l'aiguille, à ma machine, sur
tout et n'importe quoi... tissus bien sûr, mais papiers,
photos, plastique, toile métallique.
Rarement la volonté de «faire joli», seulement
témoigner que le temps passe de plus en plus vite et
qu'il serait sage de prendre en compte la vitesse...
Fanny Viollet
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